L'impôt à la source encore repoussé d'un an pour certains salariés… Avant l’abandon général ?

Gérard Darmanin

A l'origine, le prélèvement à la source devait entrer en vigueur le 1er janvier 2018. L'année blanche devait être 2017… Mais face à l'impréparation des administrations, le fisc notamment, le gouvernement a repoussé d'une année cette réforme : finalement, tout devait être prêt pour le 1er janvier 2019, l'année blanche tombant donc en 2018. Est-ce votre dernier mot ?

Non ! Plus on s'approche de l'échéance, plus les annonces surprises sont fréquentes. Jusqu'à celle tombée ce mercredi 11 juillet : le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, expliquait ce jour-là – à moins de six mois du grand saut – que, finalement, les salariés ne vont pas tous entrer dans le prélèvement à la source en même temps. Pourquoi faire simple ?

Si la plupart devraient être – l’usage du conditionnel s’impose désormais – ponctionnés sur leur salaire, pension de retraite ou allocation Pôle emploi dès janvier 2019, environ 250 000 contribuables patienteront une année de plus. Le gouvernement repousse en effet à 2020 la retenue à la source pour les 2,2 millions de particuliers employeurs (ménage, jardinage, aide à domicile, assistance maternelle…). Et donc pour leurs 250 000 salariés imposables.

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Une brèche est ouverte. Il n'en fallait pas plus pour que d'autres s'y engouffrent et réclament la même clémence : l'Union des entreprises de proximité (U2P), qui représente les artisans, les commerçants et les professions libérales, a annoncé le même jour qu'elle boycotterait les réunions du Comité de pilotage du prélèvement à la source organisées par Bercy.

Elle déplore que le ministre « reste sourd à ses demandes et à l'inquiétude très forte des 2,3 millions de chefs d'entreprise de proximité (…). Coûts techniques et de gestion supplémentaires, temps passé improductif, risques de tensions avec les salariés qui vont voir leur salaire net baisser… Les chefs d'entreprise craignent à juste titre un choc de complexité au 1er janvier 2019 ».

Dans la semaine, un sénateur présentait une alternative dans le cadre d’une proposition de loi : faire en sorte que l’administration ponctionne l’impôt, non plus sur les salaires et retraites, mais directement sur le compte bancaire des contribuables .

Dans le même temps, l’économiste Nicolas Beytout, directeur du journal L’Opinion, posait une question : « La vraie interrogation désormais, c'est comment ce projet de prélèvement à la source peut être encore défendu ? Le mieux pour le gouvernement serait de renoncer à ce projet fou. » Et si c’était LA question (et LA réponse) ?


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Nicolas Delourme est journaliste d’investigation, spécialisé en droit. Ancien journaliste aux magazines du Figaro, chroniqueur à France Inter et Europe 1, il est aujourd’hui directeur de publication des Editions Jean de Portal. Il collabore régulièrement avec le cabinet d’avocats Riondet.

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