Augmentation en 2018 ? Baisse de salaire net en septembre 2019 !

207 : shutterstock_263794892

Encore un effet surprenant et psychologiquement dangereux du prélèvement à la source : si votre salaire (ou traitement) est revu à la hausse au cours d’une année — ce qu’on vous souhaite –, alors votre revenu net versé, après avoir augmenté, baissera fatalement en septembre de l’année suivante ! Il va falloir vous y faire…

Ceci est dû au simple fait que votre taux de prélèvement est basé sur vos revenus anciens d’une ou deux années. Par conséquent, il ne tient jamais compte d’une augmentation récente, jusqu’à ce qu’il soit corrigé, l’année suivante.

Pour aller plus loin : Votre taux de prélèvement est calculé sur vos revenus… vieux de 2 ans !

Voici un exemple. En 2017, Maxime percevait un salaire net imposable de 1 950 € par mois (voir tableau ci-dessous). En janvier 2018, il négocie une augmentation qui fait grimper son net imposable de 50 €. Désormais, il perçoit 2 000 € par mois. Après déclaration de ses revenus, Maxime – célibataire sans enfant – a découvert que son taux de prélèvement à la source serait de 6,70 %. Problème : ce taux a été calculé sur la base de la déclaration des revenus 2017, donc avant l’augmentation…

En janvier 2019, le prélèvement à la source démarre. Chaque mois, l’employeur retient 6,70 % du salaire de Maxime, soit la somme de 134 € (2000 x 6,70 %). Idem en février, mars, avril… et ainsi de suite.

Au printemps suivant, il déclare ses revenus 2018 qui, cette fois-ci, intègrent son augmentation. Après avoir passé les chiffres à la moulinette, le fisc revoit le taux de prélèvement à 6,90 %. Et l’employeur de Maxime l’applique à partir de la paye du mois de septembre 2019. Le salarié ne se voit plus retenir 134 mais 138 € (2000 x 6,90 %) alors que sa rémunération n’a pas bougé depuis janvier 2018. Il perd donc 4 € de salaire net perçu en plus, chaque mois.

Bien entendu, plus le taux de prélèvement et plus la différence entre l’ancien et le nouveau salaire sont élevés, plus la baisse sera sensible. Ainsi, si l’augmentation de Maxime était de 100 € en janvier 2018 (au lieu de 50), alors son taux de prélèvement passerait de 6,70 à 7,30 % en septembre 2019, induisant une baisse de revenu net perçu de 12,30 € par mois.

Ce phénomène n’est pas vraiment nouveau : ayant gagné plus, il est logique que le contribuable paye davantage d’impôt sur le revenu l’année suivante. Sauf qu’avec le prélèvement dit « à la source », on aurait pu croire que cet effet boomerang disparaîtrait totalement. Ce ne sera pas le cas. En outre, comme la retenue est effectuée sur le salaire, Maxime et tous les contribuables dans son cas vont simplement constater qu’à partir du mois de septembre de l’année suivant une augmentation, le salaire net versé diminue.

Même si, il faut le rappeler, le montant de l’impôt dû ne change pas avec la réforme, certains auront probablement du mal à avaler leur paye de septembre (en plus d'avoir à régler un solde de l'impôt sur le revenu de l'année précédente) !

A lire aussi : Le fisc vous prélèvera-t-il en plus, sur votre compte bancaire, en septembre ?


Mois Net imposable Taux de PAS Retenue
Novembre 2017 1 950 € - -
Décembre 2017 1 950 € - -
Janvier 2018 2 000 € - -
Février 2018 2 000 € - -
Mars 2018 2 000 € - -
Avril 2018 2 000 € - -
Mai 2018 2 000 € - -
Juin 2018 2 000 € - -
Juillet 2018 2 000 € - -
Août 2018 2 000 € - -
Septembre 2018 2 000 € - -
Octobre 2018 2 000 € - -
Novembre 2018 2 000 € - -
Décembre 2018 2 000 € - -
Janvier 2019 2 000 € 6,70 % 134 €
Février 2019 2 000 € 6,70 % 134 €
Mars 2019 2 000 € 6,70 % 134 €
Avril 2019 2 000 € 6,70 % 134 €
Mai 2019 2 000 € 6,70 % 134 €
Juin 2019 2 000 € 6,70 % 134 €
Juillet 2019 2 000 € 6,70 % 134 €
Août 2019 2 000 € 6,70 % 134 €
Septembre 2019 2 000 € 6,70 % 138 €
Octobre 2019 2 000 € 6,70 % 138 €
Novembre 2019 2 000 € 6,70 % 138 €
Décembre 2019 2 000 € 6,70 % 138 €
Janvier 2020 2 000 € 6,70 % 138 €

Conserver cet article :
Partager cet article :
Nicolas Delourme est journaliste d’investigation, spécialisé en droit. Ancien journaliste aux magazines du Figaro, chroniqueur à France Inter et Europe 1, il est aujourd’hui directeur de publication des Editions Jean de Portal. Il collabore régulièrement avec le cabinet d’avocats Riondet.

Articles liés :