Abracadabra : Bercy rend invisible votre impôt sur le revenu !

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A l’issue du Grand débat, le Premier ministre a reconnu avoir reçu une « synthèse forcément réductrice » de l’état réel de l’opinion, avec ses « paradoxes et ses contradictions ». Et pour cause, dans les assemblées, les jeunes étaient sous-représentés tandis que les gilets jaunes – par qui la consultation est arrivée – ne sont pas venus. Mais il y a un point sur lequel tout le monde s’accorde : le ras-le-bol fiscal des Français.

« La première exigence, c’est en fait une immense exaspération fiscale », a précisé Edouard Philippe. Face à « une sorte de tolérance fiscale zéro (...) nous devons baisser et baisser plus vite les impôts. »

En matière de contradictions et de paradoxes, les gouvernements successifs – celui-ci tout particulièrement – n’ont de leçons à recevoir de personne. Tout en relevant l’exaspération des contribuables, ils font tout pour cacher sous le tapis la poussière des prélèvements obligatoires. Puisque l’impôt dérange tant, autant le rendre invisible ! Jugez plutôt… 

Il y a une quinzaine d'années, les pionniers qui remplissaient leur déclaration de revenus en ligne avaient droit à un petit cadeau du fisc : 20 € de réduction d’impôt. Mais en 2008, cette récompense a été limitée à ceux qui télédéclaraient pour la première fois. Trois ans plus tard, elle a disparu. Puis, en 2018, la déclaration en ligne est devenue obligatoire (sans cadeau donc). Enfin, à partir de cette année, si vous ne télédéclarez pas, alors vous recevrez… une amende (de 15 €) !

Pour aller plus loin : Comment le fisc vous oblige à faire… son boulot ?

Entre-temps, la déclaration préremplie a été mise en place (depuis 2006 pour les salaires et 2009 pour les revenus bancaires). Si vous n’avez aucun revenu indépendant ou aucune charge particulière, vous n’avez même plus besoin de vous pencher sur votre formulaire de déclaration. On vous demande juste de signer (et si possible de ne pas trop vous intéresser). D’ailleurs, depuis 2012, les contribuables dont les revenus préimprimés sont exhaustifs peuvent déclarer via leur smartphone en appuyant sur un simple bouton !

A cette petite musique, s’est ajoutée une mesure spectaculaire : le prélèvement à la source. Désormais, non seulement vous êtes prié de laisser votre curiosité au placard lorsque vous déclarez vos revenus, mais en plus le paiement de votre impôt se règle directement entre votre employeur (ou caisse de retraite) et le fisc. Circulez, y'a rien à voir…

Et voilà que Gérald Darmanin annonce la pose de la dernière pierre de l'édifice.

« L’année prochaine, j’annoncerai sûrement qu’on mettra fin à la déclaration d’impôt », a déclaré il y a quelques jours le ministre de l’Action et des Comptes publics.

Grâce à toutes ces mesures, toujours annoncées dans un souci de simplification, les contribuables s’éloignent de leur imposition. L'Etat voudrait qu’ils payent sans chercher à savoir pour quoi (ni combien), il ne s'y prendrait pas mieux. D'aillleurs, comme le mode de calcul de l’impôt sur le revenu n’a lui-même pas été simplifié, l’effort demandé à ceux qui voudraient juste comprendre est grandissant.

A ce rythme, le nombre de Français incapables de donner le montant de leur ardoise fiscale va s’envoler. Alors qu'une telle attitude relevait autrefois de l’inconséquence. Petit à petit, l'impôt sur le revenu revêt la cape d’invisibilité de Bercy, derrière laquelle on trouve déjà la TVA et la CSG. Or un impôt invisible en plus – outre un souci en moins – est manipulable à souhait. Magique !

A lire également : Exploit mondial : la CSG non déductible, un impôt que vous payez… avant d'être prélevé dessus !


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Nicolas Delourme est journaliste d’investigation, spécialisé en droit. Ancien journaliste aux magazines du Figaro, chroniqueur à France Inter et Europe 1, il est aujourd’hui directeur de publication des Editions Jean de Portal. Il collabore régulièrement avec le cabinet d’avocats Riondet.

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